En franchissant la frontière entre Lucques et Pistoia, entre tours médiévales et légendes montagnardes, cette étape offre de longues portions solitaires au cœur de forêts de châtaigniers et de chênes, une invitation à laisser les souvenirs rencontrés en chemin s’imprégner lentement et résonner en soi.
Le sentier débute à la sortie de Vico Pancellorum, une localité de la commune de Bagni di Lucca, en direction de la frontière entre les deux provinces — Lucques et Pistoia — pour découvrir des formations géologiques fascinantes au cœur d’un environnement qui rappelle par moments le maquis méditerranéen. Un chemin muletier confortable, récemment restauré, mène aux Grotte, un curieux abri creusé dans la paroi rocheuse qui descend à la verticale à côté du sentier.
Alternant entre forêts de hêtres et de chênes, l’itinéraire suit la Strada delle Polle, ainsi nommée en raison de l’abondance de petites sources et de points d’eau rencontrés en chemin. Au fur et à mesure que le sentier avance, des vues de plus en plus larges s’ouvrent vers l’est sur la plaine de Pistoia, tandis que le murmure des ruisseaux accompagne chaque pas. Après un long tronçon en pleine nature, passant par le col de Renicci et la région de Canali, le sentier atteint le Sasso delle Streghe, un lieu considéré comme magique où, selon la légende locale, des sorcières se rassemblaient autrefois autour de l’imposant rocher pour jeter des sorts contre le couvent situé en contrebas.
La descente mène à Popiglio, un village aux origines anciennes situé dans un emplacement stratégique qui, pendant des siècles, en a fait l’un des lieux les plus disputés des Apennins toscans. Déjà colonie romaine, la forteresse devint un bastion défensif à la frontière avec l’État de Lucques. Au-dessus du village se dressent les Tours de Popiglio, derniers vestiges de la Rocca Securana médiévale, dont les entrées n’étaient accessibles que par une échelle pouvant être retirée en cas d’attaque. Au centre du village, l’église paroissiale de Santa Maria Assunta, fondée en 1271 dans le style roman tardif, conserve de précieux autels, des peintures et des mobilier en bois qui font partie de la section d’art sacré de l’Écomusée de la Montagne de Pistoia.
En descendant d’environ un kilomètre vers le fond de la vallée, le sentier mène à un autre chef-d’œuvre médiéval : le Ponte di Castruccio, également connu sous le nom de pont des Campanelle. D’origine romane, puis reconstruit par Castruccio Castracani au XIVe siècle, il se distingue par son unique et imposante arche en dos d’âne. Selon la légende, c'est ici que, après la mort de son protecteur Castruccio, le traître Filippo Tedici fut capturé et décapité, sa tête étant ensuite exhibée en signe de triomphe à Pistoia.
En remontant à nouveau depuis la vallée, l'itinéraire atteint Piteglio, l'un des plus anciens villages des montagnes de Pistoia. La large terrasse au centre du village accueille le randonneur, s'ouvrant vers le nord-ouest en direction d'Abetone, offrant un panorama spectaculaire. Ici, le culte de la Madonna del Latte est profondément enraciné, préservé dans l'église Santa Maria Assunta au sommet de la forteresse, qui fut pendant des siècles une étape pour les pèlerins traversant les Apennins. Sur la Piazza Fratelli Guermani, une plaque installée en 1993 par l’Association nationale des anciens internés rend hommage aux habitants de Piteglio déportés et tués dans les camps nazis.
Juste à la sortie du village, l’itinéraire passe devant la « Pieve Vecchia », un lieu de culte du XIe siècle lié à la présence de Mathilde de Canossa, avant d’atteindre la localité de Migliorini, où commence le dernier tronçon menant à la destination de l’étape. Prataccio est un hameau situé à environ 900 mètres d’altitude qui, historiquement, fondait son économie non seulement sur la sylviculture et la culture de la châtaigne, mais aussi sur la production de glace pour la conservation des aliments. Il se trouve sur une terrasse naturelle qui embrasse, d’un seul regard, les sommets des Apennins toscans-émiliens et les hauteurs des montagnes de Pistoia, invitant à une pause bien méritée et à la contemplation.